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Amours troubadours, toiles et bois trouvés

Un exposition à Saillans sur « les hauts faits amoureux de Béatrix, comtesse de Die, d’avec messire Rimbaut d’Orange » au XIe siècle.

Ce sont deux esprits libres qui exposent leur travail au Louis XI depuis le dimanche 4 juillet. Jean-François Fulachier et Jean-Louis Clément y proposent, jusqu’au 1er août, une compilation de toiles et de bois trouvés, entre lesquels on peut aussi lire d’incroyables poèmes de ces deux amoureux, ayant vécu au XIe siècle.

AMANTS TROUBADOURS

Une exposition sur le thème de l’amour tel qu’il était entendu en cette époque lointaine : un amour véritable et libre comme il put exister avant le quatrième concile de Latran qui, en 1215, « empêchera le mariage d’amour en créant la déclaration obligatoire des bans », raconte Clément.

Les bois trouvés du Crestois Jean-François Fulachier résonnent étrangement au milieu de ces poèmes. Avec, ici, un étonnant couple fait de morceaux de bois flottés, à peine travaillés, ne pouvant que faire songer aux amants troubadours ; là, une imposante figure à double face dont le spectateur décidera en son for intérieur ce qu’il préfère y voir...

Le Louis XI est ouvert le weekend mais la visite est possible en semaine, sur réservation auprès de Clément au 06 41 94 44 17.

Martin Chouraqui

L’Aubade

Texte de Cadenet (1160-1235),
extrait des annales de l'institut d'études occitanes

fulachier clement 3L'Amante
Si jamais je fus belle et estimée,
À présent je suis de haut en bas tombée
Car j'ai été donnée à un vilain
Uniquement pour sa grande richesse,
Et j'en mourrais
Si je n'avais un fidèle ami
À qui je dise ma peine
Et une complaisante sentinelle
Pour me chanter l'arrivée de l'alba (l'aube, ndlr).

Le guetteur
Je suis, moi, sentinelle si courtoise
Qui ne veut point que soit troublé
Un amour loyal à bon droit formé
C'est pourquoi je guette le jour,
S'il paraissait !
Et celui qui est couché avec sa mie,
Qu'il en prenne franchement congé
Dans un baiser et une étreinte,
Car je vois venir l'alba.
Bien me plait longue nuit obscure
Et la saison d'hiver où, le plus elle dure
Et je ne me dispense pas, pour froidure,
D'être toujours loyale sentinelle,
Afin qu'un amant sincère reste en sécurité,
Quand il prend son plaisir
Auprès d'une noble dame,
Du soir jusqu'à l'arrivée de l'alba.
Si je guettais en un château
Et que faux amour y régnât,
Je serais moi-même faux (et indigne) Si je ne cachais
La venue du jour autant que je pourrais,
car je voudrais
Mettre fin à une fausse galanterie ;
Et auprès des personnes courtoises
Je guette loyalement
Et je m'écrie quand je vois l'alba.

L'Amante
Jamais, par flatterie ni par menace
Que mon mauvais mari me fasse,
Je ne cesserai de reposer
Avec mon ami jusqu'au jour ;
car ce serait
Vilenerie mal apprise
Que d'éloigner méchamment
Mon noble ami
De soi-même jusqu'à l'alba.

Le guetteur
Jamais je n'ai vu un amant exaucé
À qui plût l'arrivée de l'alba.
L'Amante
Aussi cela ne m'est ni agréable
Ni plaisant quand je vois l'arrivée de l'alba.

Article publié dans Le Crestois du 9 juillet 2021

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