Ces préfets qui désobéissaient (2/2)
Robert Cousin, préfet de la Drôme en 1943, fut déporté vers la fin de la guerre.
Nous avons signalé, dans un premier article, les positions de plus en plus favorables à la résistance des préfets en poste dans la Drôme. Le cas de Robert Cousin (août 43 - mai 44) est le plus manifeste. Nous disposons à son égard du rapport de Roger Marty devenu responsable du Noyautage des administrations publiques (NAP), après que son premier chef, Jean Loubet, a été fusillé à Saint-Genis-Laval. « Vint Robert Cousin trop intelligent pour n’avoir pas compris que l’Allemagne avait déjà perdu la guerre en 1943. Ses allusions prouvaient qu’il recherchait en vain des contacts avec la résistance toujours sur ses gardes à l’égard des hauts fonctionnaires de ce temps. Malgré l’avis du comité des Mouvements unis de résistance (MUR) qui redoutait un double jeu et ses conséquences si j’étais arrêté, j’ai décidé de le contacter. Lui aussi demandait à qui il avait affaire, exigeant des preuves de mon appartenance à la résistance. Je lui proposai donc de rédiger un court message qui passerait sur les ondes de Radio Londres. Rassuré en l’entendant, il promit son concours, encore qu’il lui préférait comme interlocuteur un porte-parole, un personnage d’un rang plus élevé que le mien. Il s’engagea à à remettre régulièrement le rapport mensuel qui était adressé à Vichy. [...] Le préfet m’avertit à plusieurs reprises des descentes policières dirigées de Lyon par l’intendant de police Cussonac de sinistre mémoire. » On notera avec amusement que la confiance n’était pas absolue, la résistance continuant à écouter la ligne téléphonique du préfet pour s’assurer qu’il ne jouait pas double jeu.
De ce préfet de la Drôme, les archives départementales conservent un modeste dossier pourtant passionnant par la vigueur du ton de Robert Cousin, son opposition à peine voilée qui transparaît...
Article publié dans Le Crestois du 20 mars 2026
