Une résistante fameuse sortie de l'oubli

La Drômoise Yvonne Oddon a enfin droit à une biographie.

Combien de fois est-ce que semblable histoire est arrivée ? Combien de fois est-il arrivé que, dans telle ou telle région, on célèbre celui-ci ou celle-là parce qu’il s’est manifesté sur le petit territoire en question, mais qu’on l’oublie absolument dès qu’il agit ailleurs ? Voici l’énergique inconnue qu’était Yvonne Oddon, magnifique résistante qui pourtant est bien de chez nous, native exactement de Menglon. Elle fut l’âme du réseau du musée de l’Homme, à Paris.

Nous connaissons ici Paul Pons, Henri Morin, Charles Chapoutat, Georges Brentrup. Forcément ! Ils se sont battus ici. Mais Yvonne Oddon, non. Et pourtant le Musée de l’Homme a réuni un des tout premiers réseaux français. C’est pratiquement notre Yvonne qui fit tourner sur une ronéo l’un des fort précoces journaux clandestins : Résistance. Et, au musée, autour d’elle, que du beau monde !

C’est, du reste, pourquoi tous les ouvrages contemporains sur la Résistance font une belle place à ce réseau. Ses membres étaient fort connus dans leurs disciplines.

ENVOYÉE DANS LE MONDE ENTIER

Ainsi les célèbres ethnologues Boris Vildé, Anatole Lewitsky, Germaine Tillon, sous la houlette de Paul Rivet. Et tous ceux-là réunis dès 1940, ce qui est, du reste, la preuve de l’antériorité de cette équipe car beaucoup des réseaux que l’on cite volontiers sont vraiment passés à l’action fin 1941, début 1942, parfois même en 1943.

À ces dates, hélas, le réseau du musée de l’Homme était tombé, du fait d’une trahison interne, Vildé et Lewitsky avaient été fusillés, Yvonne Oddon et Germaine Tillon déportées.

Gudrun Mattes
Gudrun Mattes et son livre

Gudrun Mattes nous livre, dans la biographie qu’elle vient de publier d’Yvonne Oddon, un éclairage surprenant non seulement du courage de la jeune femme, mais de son énergie jamais éteinte derrière les miradors. Ne boudons pas notre plaisir : c’est aussi un éditeur régional, les éditions La Baume Rousse, installées à Recoubeau-Jansac, qui sauvent notre Drômoise de l’oubli.

Gudrun Mattes, bien que d’origine allemande, vit dans la commune de naissance d’Yvonne : Menglon. Elle a su s’attirer un étonnant volume de documents de la famille. Heureusement ! Car la pauvre Yvonne, bien connue, dès avant guerre, pour les techniques exigeantes de bibliothécaire qu’elle a d’abord appliquées au musée de l’Homme, a été aussi un peu oubliée de ses propres collègues.

Pourtant, l’Unesco l’avait suffisamment reconnue pour l’envoyer à travers le monde aider à la mise en place de réseaux de bibliothèques. Il y a peut-être bien un peu de machisme là-derrière. Gudrun Mattes explique qu’elle a dû creuser tant et plus pour trouver de la documentation sur son personnage. Son livre résulte de six années de recherches.

On ne se refait pas. Yvonne avait donc la passion de son métier de bibliothécaire. Avant-guerre, elle avait été s’initier aux pratiques américaines en la matière, ramenant ainsi, par exemple, d’outre-Atlantique, l’usage du « bibliobus ». Et, trouvant les petits villages de son pays en ruines après guerre, elle n’eut rien de plus pressé que de réunir des financements pour y installer… des bibliothèques. Évidemment.

Jacques Mouriquand

Il fallait marcher, Yvonne Oddon, une vie d’engagements
De Gudrun Mattes, 294 pages,
Éditions La Baume Rousse, 2026.

Article publié dans Le Crestois du 9 octobre 2026