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Il bourdonne à l’oreille des abeilles

Installé depuis un an, Mathieu Sibuet, apiculteur, dresse le bilan des derniers mois et décrit son métier ainsi que sa volonté à produire de la gelée royale bio.

En juillet dernier, le célèbre magazine Sciences et Avenir publiait un article d’une étude menée par le journal médical britannique, "The Lancet", sur les conséquences engendrées par l'extinction des abeilles. L'étude démontre que la disparition de l'espèce augmenterait la mortalité mondiale de 3%.

Nées il y a 65 millions d'années, les abeilles sont des pollinisateurs qui permettent à de nombreuses espèces végétales de se reproduire. Pour avoir une idée, 80% des plantes à fleurs du monde sont pollinisées par ces dernières. Sans elles, un certain nombre de fruits et légumes ne pourraient plus pousser. Ce qui causerait donc des modifications alimentaires pour l'être humain, et des carences inévitables en vitamine A et B9. Toujours selon cette étude, ces carences toucheraient aussi bien les pays développés que ceux en développement. Des rapports de ce type sont publiés régulièrement pour alerter la population et les acteurs mis en cause dans la disparition lente des abeilles.

Pour éviter ce scénario catastrophe, apiculteurs et organismes de protections promeuvent des solutions alternatives. Parmi eux, il y a l'apiculteur Mathieu Sibuet, nouvellement installé sur Grâne. Producteur en conversion bio de gelée royale, il nous raconte avec passion son travail et son avis sur l'avenir de ces petites bêtes jaunes.

L.C : Les abeilles et vous, c'est une histoire d'amour qui a commencé quand ?

Mathieu Sibuet : Il y a longtemps ! (sourire). Cela remonte à mon enfance. Fils d'apiculteur, j'ai très vite été attiré par les abeilles et leur univers très organisé. J'allais aux ruches de mes parents leur donner un coup de main. Passionné, c'est tout naturellement qu'à l'âge adulte, après mes études de laborantin, je me suis associé avec eux en 1998. Mais en 2004, j'ai choisi d'arrêter l'apiculture pendant 10 ans et me suis tourné vers plusieurs domaines, dont la chaudronnerie. L'année dernière, mes parents ont eu besoin de main-d’oeuvre sur leur exploitation donc je suis revenu en tant que salarié. Cette parenthèse m'a fait réaliser que j'adorais le métier d’apiculteur et qu'il était temps que je crée ma propre activité.

Étant proche de la retraite, mes parents m'ont proposé de reprendre quelques ruches. J'ai pris celles conçues pour produire de la gelée royale, puisque c'était cela qui m'intéressait. C'est à la fin de l'été 2014 que je me suis lancé en cherchant d'abord un local d'exploitation. Une tâche difficile qui m'a amené à trouver une maison avec terrain sur Grâne. L'avantage de la production de gelée royale, c'est qu'elle ne demande pas beaucoup de place. Je produis également du miel. Mes 200 ruches se situent dans plusieurs endroits. J’en ai à côté de la réserve naturelle des Ramières et d’autres ailleurs afin que les abeilles puissent butiner des miels typés comme l’acacia, la lavande ou les fleurs de montagne. Le laboratoire où je conditionne se situe au rez-dechaussée de ma maison.

L.C : Comment est produite la gelée royale ?

M.S : Il faut d'abord préciser que la gelée royale est produite par des abeilles adaptées à cette production. Le Groupement des Producteurs de Gelée Royale (GPGR) auquel j’appartiens compte une centaine d'apiculteurs sur toute la France. Ils se sont regroupés, enre autre, pour faire de la sélection d'abeilles. Cela sert à avoir des souches génétiques aptes à produire de la gelée royale. La sélection prend également en compte la douceur de la ruche, sa rusticité et sa résistance à la maladie. Chaque apiculteur élève des reines sélectionnées pour leur génétique qui vont être introduites dans de petites colonies ou essaims. On les développe jusqu'à ce qu'elles deviennent une ruche.

L'apiculture est un métier d'élevage. Le temps où on cueillait les essaims naturels n'existe plus à cause des problèmes phytosanitaires qui engendrent la mortalité des abeilles. Aujourd'hui, pour que les ruches soient fortes, il faut des reines très productives pour pallier la forte mortalité lors du butinage. C'est pour cela que nous sommes obligés de faire de la sélection.

Une fois cette étape réalisée, la ruche est cloisonnée à l'aide d'une grille à reine, qui permet de séparer les abeilles de la reine. Ce cloisonnement est utilisé pour conditionner les abeilles à élever des reines. Même si cette dernière n'est pas avec le reste de la ruche, elle dégage des phéromones qui tempèrent les abeilles et aident à maintenir la cohésion dans la ruche. En tant qu'apiculteur, nous devons introduire tous les 3 jours des larves de moins de 24h dans des barrettes de cupules qui ont la taille d'une cellule royale. Ensuite, on introduit ces larves dans la partie de la ruche où sont les abeilles. Pendant 3 jours, les abeilles « nourrices » de la ruche vont fabriquer de la gelée royale pour nourrir ces larves.

L.C : Quelle est la différence entre le miel et la gelée royale ?

M.S : Le miel et le pollen sont des productions végétales que les abeilles butinent dans la nature et stockent dans la ruche. La gelée royale est une substance animale qui est fabriquée par les « nourrices » (jeunes abeilles) à l'aide de glandes hypopharyngiennes qui se mettent en route entre le 6ème et le 15ème jour de l'abeille. La gelée royale est également destinée aux futures ouvrières, qui en mangent pendant leurs trois premiers jours lorsqu'elles sont larves...
(...)

La suite de cet entretien est à lire dans Le Crestois du 18 septembre 2015.

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