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Avis de tempête pour les municipalités

Les élections départementales seront très intéressantes à observer. Les gros dossiers mobilisent de fortes oppositions.

Die, Aouste, Dieulefit, Chabeuil : nous sommes dans un temps où chaque dossier d’importance de ces municipalités fait naître des oppositions de militants locaux très remontés.

Die : l’hôpital doit être refait. Un terrain avait été trouvé par l’ancienne municipalité. Les financements étaient là. On pouvait y aller. Mais cette construction grignoterait des terres agricoles. D’où le choix de la nouvelle municipalité de retenir un autre terrain dans un quartier assez tranquille. Inconvénient : la circulation. La population concernée est donc peu enthousiaste. Mais du côté écologiste, cette solution est préférée. Malaise au conseil municipal où ce principe a non seulement divisé majorité et opposition, mais également dans la majorité : la proposition de Mme Bizouard, maire de la ville, n’est passée que d’une seule voix. Et reste à savoir ce que sera la position des partenaires de l’État, gros financeurs. L’affaire fait grand bruit et, évidemment, il est délicat, lorsqu’on parle souvent de démocratie, de ne tenir aucun compte des habitants du quartier concerné.

LE TEMPS DES PÉTITIONS

Aouste : Le Crestois a rappelé comment désormais s’opposent les «pro» et les «anti» implantation du supermarché Lidl, les seconds étant fortement et bruyamment mobilisés autour de l’Épicerie Géniale de création relativement récente. Mais les «pro» ont appris, eux aussi, à faire du bruit. Leur pétition récolte un nombre tout à fait honorable de signatures. Sur quoi débouchera toute cette agitation transformée en voix au scrutin départemental de juin?

Dieulefit : Nous avions signalé ici-même comment un conflit opposait la municipalité et le syndicat intercommunal de traitement des eaux. Cette opposition était devenue suffisamment sérieuse pour qu’on refuse à Christian Bussat, maire de Dieulefit, de siéger à l’exécutif de ce syndicat. D’où aussi une démission à l’intérieur de son conseil municipal, d’autres étant déjà survenues. Il vient de déposer les armes devant ses collègues de ce syndicat déclarant, de façon très intéressante : « Je reconnais un certain nombre d’erreurs faites par moi-même et notre équipe. Partis un peu vite, un peu fort, sur des pistes trop innovantes, nous avons sans doute eu raison trop tôt ». Il faut dire que c’est au Poët-Laval que les éventuels inconvénients (odeurs, moustiques…) d’un mode d’épuration inadapté pourrait se faire sentir. Les non- Dieulefitois avaient donc leur mot à dire.

GILET PARE-BALLES

Chabeuil enfin, où mieux vaut sortir avec un gilet pare-balles. En effet, la maire, Mme Lysiane Vidana, avait battu aux dernières municipales celui dont elle avait longtemps été l’adjointe, M. Pascal Pertusa. Entre eux des conflits étaient devenus si forts qu’on s’était retrouvé devant les tribunaux. Mme Vidana avait gagné. Elle avait remporté aussi les municipales sur un programme comportant des ambitions écologistes. Mais, à l’usage, ses collègues, très sensibilisés sur le sujet, ont trouvé qu’on était bien timide. Résultat : des démissions en rafale de conseillers (pas moins de quatre dont des adjoints, à commencer par le premier). Mme Vidana s’est donc retournée vers ceux qu’elle avait battus aux élections pour conforter sa majorité. Surprise générale. Et laissons de côté, pour le moment, les trois démissions de Rochefort-Samson : la coupe est pleine.

De tout cela, il ressort d’abord une instabilité bien plus grande désormais dans l’exercice d’un mandat. C’est éminemment problématique sur des dossiers très techniques comme ceux de l’hôpital de Die ou de l’assainissement de Dieulefit. Des années de travail de spécialistes sont remises en cause. On les a payées. Donc, ces remises en cause coûtent cher. Ensuite, comme le montre remarquablement l’affaire de Dieulefit, pour les gros dossiers le poids des intercommunalités ou des communes voisines pèse. Il y a une démocratie à l’intérieur des communes, mais une autre un peu oubliée entre les communes dans les organismes collectifs.

REVANCHE

Le comble est que le combat contre l’artificialisation des sols, qui a justifié la position de la municipalité dioise, est un bon combat. On en parle depuis longtemps. De même, les solutions pour le traitement des eaux sont variées, le problème étant, à Dieulefit, qu’il faudrait qu’elles soient adaptées à des populations qui varient fortement selon les saisons. Mais à ce niveau de complexité, travailler dans l’agitation est peu efficace. Le risque est de renoncer à toute action pour désamorcer les conflits. Rappelons que, à Dieulefit comme à Crest, la nécessité d’une décision sur le traitement des eaux est due à une sévère menace de l’État. L’administration estimait que tous les délais avaient été franchis. À un moment donné, on est contraint à l’action.

Les élections départementales qui s’annoncent seront très intéressantes à observer : Est-ce que ceux qui voudraient des changements radicaux parviendront à se faire élire? Aux dernières municipales, ça n’a pas été le cas et il est tentant de voir dans tant d’activisme de terrain comme une revanche d’échecs électoraux. Il reste à soupeser ce que tant de communiqués de presse, de pétitions, de pancartes et de rassemblements vont donner dans les urnes. Songeons qu’aux dernières départementales, dans le canton de Crest remporté par le tandem Serret-Paret, cette victoire n’avait été obtenue qu’à 200 voix près. La pétition en faveur de l’implantation de Lidl à Aouste comportait en début de semaine 650 signatures. Ça donne à réfléchir…

Jacques Mouriquand

Article publié dans Le Crestois du 23 avril 2021

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