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Forêt de Saoû, piège ou refuge ?

Pour nous, Saouniens, il existe le paradoxe de la forêt de Saoû qui, dans l'Histoire, fut tantôt un piège et tantôt un refuge.

Avec une seule entrée naturelle,le Pertuis, (car la route de la cascade du Pas de Lauzun fut taillée par les hommes assez récemment dans la falaise) la forêt n'a pas attiré les hommes qui y virent une nasse facile a fermer d'où on s'échappait difficilement par des pentes abruptes trop rudes pour les vieillards, les enfants et leurs mamans.

On peut penser que l'absence de certains animaux, comme les cerfs, qui aiment les grands espaces, s'expliquent de la même façon. Ce n'est que quand les hommes, mieux armés, inversèrent le problème et la jugèrent "facile à défendre" avec son unique point de passage en groupe qu'ils s'y installèrent, avec succès, face aux brigands venus piller l'abbaye de Saint-Tiers (dont les fameux "routiers" de Raimon de Turenne), aux troupes catholiques pendant les guerres de religion et aux nazis pour les maquisards.

La forêt fut aussi un refuge face aux grandes pandémies comme durant les différentes pestes qui ravagèrent l'Europe dont la dramatique "Peste noire" qui entre 1347 et 1352 tua 30 à 50 % de la population européenne faisant 25 millions de morts.

Alors, face au Covid 19, la tentation est grande d'aller courir les bois en solitaire (ou à plus d'un mètre de son compagnon de cordée) et de respirer le bon air des sommets. Oui mais le Département a interdit son accès pour deux raisons :

  • Il serait impossible de contrôler si les randonneurs appliqueraient bien les "gestes-barrières"
  • En cas d'accident, il faudrait mobiliser des secours qui sont bien plus utiles ailleurs

De toutes les façons, en une heure de marche autorisée vous avez à peine le temps de vous en approcher qu'il faut déjà rentrer.

En tant qu'expert pour la forêt auprès du Département et membre de son Comité de gestion, mais surtout en tant que grand amoureux de notre Synclinal, je peux vous dire que la Nature n'est pas fâchée qu'on la laisse tranquille quelques temps. S'il est vraisemblable que la pollution locale a dû baisser comme ailleurs, on peut aussi constater la réapparition des animaux sauvages dans le paysage (même aux abords) et assister à de splendides concerts d'oiseaux hélas devenus rares récemment.

On a le sentiment que le confinement des uns fait le bonheur des autres mais aussi qu'il n'en faut pas beaucoup pour que la Terre retourne dans le bon sens.

Ah, une seule mauvaise nouvelle pour la forêt ! Les avions de chasse ne sont pas confinés hélas !

Bernard Foray-Roux

Publié le 3 avril 2020

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