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Anathema "We're here because we're here" (2010)

La Rubrique Rock s'interesse aujourd'hui à un superbe album du groupe Anathema. À écouter sans modération !


Anathema est un groupe anglais de rock sombre officiant depuis les années 90.

Le groupe a sorti un album en 2003, puis s'est doucement mis en sommeil pendant 7 longues années, sans beaucoup donner signe de vie jusqu'en 2010 et la sortie de l'album dont nous allons parler aujourd'hui. Pour bien le comprendre et l'apprécier, intéressons-nous à l'histoire du groupe...

Lorsque « Serenades », le premier album du groupe fondé par les frères Cavanagh (Vincent au chant et à la guitare et Daniel à la guitare), sort en 1993, la musique du combo est sombre, lourde, violente (sensation renforcée par les vocaux gutturaux de Darren White), un doom metal rappelant My dying bride ou les premiers Paradise Lost. Les membres du groupe sont encore jeunes, et ont beaucoup de colère et de malaise à exprimer.

Et puis, après 2 albums et 2 maxis, le combo se sépare de son vocaliste (c'est Vincent qui se chargera désormais de ce rôle à plein temps) et sort « Eternity » (1996), un album beaucoup plus atmosphérique, et encore plus dépressif.

C'est ce style qui a fait la gloire d'Anathema, car la musique proposée par le groupe à partir de « Eternity » est l'incarnation de la mélancolie. Depuis, le groupe a continué dans cette voie, avec une qualité constante (et des pics émotionnels intenses comme « One last goodbye » de « Judgement » (1999), où les frères Cavanagh pleurent leur mère récemment disparue) jusqu'à son dernier album studio « A natural disaster », sorti en 2003.

Et si le groupe a su faire patienter ses fans avec le très délicat « Hindsight » (best of semi acoustique sorti en 2008, à écouter absolument ne serait-ce que pour la version acoustique de « Are you there », exceptionnelle), il lui aura fallu 7 longues années pour arriver à sortir le nouvel opus, celui qui nous intéresse ici, sobrement intitulé « We're here because we're here » (« nous sommes là parce que nous y sommes »).

Pourquoi ce très long préambule à cette chronique ?

Parce que « We're here because we're here » est l'accomplissement de la carrière d'Anathema et de tout le travail accompli jusque là avec le mélange de puissance et d'émotion qui le caractérise (« Thin air », le très rock et pourtant très mélodique « Summer night horizon », le très Porcupine Tree « Get off, get out »,...)...

Parce que sur cet album, leur style est plus affiné que jamais, travail d'orfèvre au service de la musique et de l'émotion (« Dreaming light », gorgé de feeling, « Everything », « Presence », avec son texte parlé,...)...

Parce que les vieilles blessures des frères Cavanagh (rejoints par leur troisième frère, James à la basse) se referment enfin et qu'ils transforment leur peine en expérience positive, reprenant confiance en eux mêmes et en la Vie (« Angels walk among us », dans lequel Vinnie s'adresse à sa mère sur un solo mélancolique de son frère, « Dreaming light », véritable ode à la lumière,...)...

Parce que après avoir longtemps extériorisé leur malêtre, les membres du groupe partagent maintenant le fruit de leur évolution personnelle avec un auditeur jamais autant prit au sérieux (le travail de composition et d'enregistrement a été poussé au maximum pour ne garder que le meilleur, le mixage de l'album a été confié au génie Steven Wilson (Porcupine Tree, Blackfield), et le résultat est tout simplement somptueux)...

Parce que chacun des musiciens s'est dépassé, avec une mention spéciale à Danny, qui est toujours un excellent guitariste (le solo de « Dreaming light », celui de « Universal » ou encore le final époustouflant de « Hindsight »), et à Vinnie, dont la voix n'a jamais été aussi pure (« Dreaming light », « Everything », où l'harmonie vocale avec la chanteuse Lee Douglas est magnifique,...)...

Et si « We're here because we're here » n'est pas vraiment un concept album, les 10 titres qui le composent n'en forment pas moins une oeuvre cohérente, riche et émouvante, sublimée par le mixage irréprochable de Steven Wilson.

Accessible mais profond, sincère mais abouti, ce nouvel album d'Anathema s'impose comme une oeuvre majeure dans la carrière du groupe et comme un incontournable du genre rock progressif / atmosphérique.

Un grand album, à écouter sans modération...

Olivier Chapelotte

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