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Ce Beaufortois qui combattit tant d’épidémies

Décidément en matière d’épidémies, nous avons dans la région quelques antécédents. Paul-Louis Simond a contribué à une grande victoire sur la peste.

En ces temps où nous nous battons contre un très vilain coronavirus, nous perdons un peu de vue, pris par notre quotidien, qu’avant nous simultanément, de terrifiantes épidémies ont traversé nos nations. Il se trouve qu’un habitant de notre région, le Beaufortois Paul-Louis Simond en fut un immense témoin car sa vie a été un combat contre ces fléaux. Et si sa victoire la plus notoire contre la peste est évidemment la plus connue, il faut rappeler qu’il a aussi combattu la lèpre, le choléra et le paludisme.

Il est né à Beaufort-sur-Gervanne en 1858, patrie de sa mère, son père étant pasteur à Menglon. Relevons ici un petit détail biographique: son père est originaire du Jura, d’où vient aussi Louis Pasteur. Il y a donc quelques raisons de penser que, dans la famille, on célèbre ce compatriote célèbre d’autant plus que, dans toutes les fermes de la région, Louis Pasteur est alors porteur d’un immense espoir: celui de vaincre la terrifiante et ruineuse maladie du ver à soie. Il est donc raisonnable de penser que le petit Paul-Louis en a entendu parler et c’est une certitude que cet immense biologiste marquera de façon décisive toute la génération de médecins à laquelle appartient Paul-Louis Simond.

D’ABORD, LA LÈPRE

Après avoir fait des études à Tournon puis Bordeaux, il entre dans le corps d’élite de la médecine coloniale, qui reste jusqu’à aujourd’hui (évidemment sous un autre nom) un lieu très remarquable pour le combat contre des maladies très peu connues sur notre continent. Il part d’abord en Guyane où il lutte contre la lèpre qui y sévit, puis il est nommé dans le Tonkin d’où il fait un séjour en Chine. Là, pour la première fois, il observe une épidémie de peste et, en particulier, le fait que les rats semblent tomber d’abord malades.

Il rentre à Paris où il a la chance inouïe de travailler à l’Institut Pasteur au milieu des plus grandes célébrités de l’époque. Chaque fois qu’il ouvre une porte, il tombe sur un prix Nobel : Alphonse Laveran qui a découvert le parasite responsable du paludisme, Elie Metchnikoff, grand spécialiste d’immunologie. Formidables parrainages !

Mais le voilà qui est appelé à Bombay où sévit une terrifiante épidémie de peste : De septembre 1896 au 1° août 1898, l’administration de cette seule ville enregistre 26 423 décès pour 30 805 cas. Pour bien mesurer l’aspect dévastateur de la maladie, en ce début avril 2020 où cet article est écrit, pour la France entière, on dénombre 3523 décès pour 53 000 cas. Autrement dit, la peste tuait dans des proportions incroyablement plus élevées. Et on ne parle que de Bombay!

LA DÉCOUVERTE DE YERSIN

Alexandre YersinQuelques années plus tôt, en 1894, un suisse, Alexandre Yersin, lui aussi, bien sûr, disciple de Pasteur, avait découvert ce que l’on appellera le "yersina pestis", c’est-à-dire le bacille responsable de la peste. Les deux médecins seront amis et mèneront le combat ensemble. Car il reste à comprendre comment les hommes sont contaminés par ce bacille.

Et une nouvelle fois, Simond va être troublé par le fait que les rats tombent malades d’abord ce que, plusieurs siècles avant, un savant oriental avait déjà observé. Et en certaines régions d’Indonésie, les populations locales appelaient la peste, "la maladie des rats". C’est donc bien que cette observation était faite très généralement. Mais alors, comment le bacille passait-il du rat à l’homme ? Paul-Louis Simond va observer sur les malades d’infimes blessures qu’il attribue très tôt à des insectes. Et la lumière fut : les rats grouillaient de puces, du moins de leur vivant et peu de temps après leur mort car, par la suite, les puces "désertaient" les rats morts.

JALOUSIES

Ainsi fut découvert le principe de la transmission de la peste du rat à l’homme. Avec Yersin, Simond va travailler à un sérum luttant avec de bons résultats contre la maladie. Malheureusement, des jalousies priveront Paul-Louis Simond du retentissement de sa découverte. Elle fut attribuée assez injustement à des équipes britanniques qui avaient eu la même démarche. Mais aujourd’hui plus personne n’en discute.

Paul Louis Simond ira, par la suite à Constantinople lutter contre le choléra. Puis, rentrant pour sa retraite à Valence, il en devient adjoint au maire en charge des questions sanitaires et il met en place le "comité départemental d’hygième" qui va avoir un rôle très important contre une autre épidémie : celle de la tuberculose.

Il décède en mars 1947 et l’Institut Pasteur n’a pas ménagé ses efforts pour qu’une juste place lui soit donnée. Il y a bien des années, une délégation de cet institut s’était rendue à Beaufort pour y dévoiler une plaque rappelant ses origines et ses mérites. Le village de Beaufort s’est souvenu de lui en lui donnant un nom de rue.

Jacques Mouriquand

Publié le 2 avril 2020

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