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Des nouvelles du Diois

Santé, économie, tourisme, agriculture, solidarité... Sylvaine Laborde-Castex, journaliste au Journal du Diois, nous propose un tour d'horizon détaillé de la situation chez nos amis et voisins confinés en amont.

Le Crestois : Quelles sont les nouvelles à Die sur le plan sanitaire ?

Sylvaine Laborde-Castex : On a eu pour l'instant assez peu de cas, selon les chiffres de l'hôpital, et l'établissement n'a jamais été en saturation et a toujours pu gérer. L'hôpital de Die s'est bien organisé, avec, comme dans tous les hôpitaux de France, un service dédié au covid, et d'autres services réservés aux urgences. Il n'y a pas de capacité de réanimation, donc l'hôpital ne traite pas les cas les plus graves qui sont envoyés à Valence. À Die, il y a deux Ehpad assez importants, et il n'y a, à ce jour, aucune personne atteinte de Covid.

LC : Aujourd'hui, comment évolue l'épidémie dans le Diois ?

SLC : On est dans la même tendance que dans les autres hôpitaux, avec plus de personnes guéries qui sortent que de malades qui entrent à l'hôpital, donc on peut estimer que les effets du confinement commencent à porter leurs fruits. Bien sûr, on a eu des cas, mais c'est difficile de savoir combien de personnes précisément sont atteintes, car beaucoup restent confinées chez elles. Et il y cette question des tests : les personnes ont les symptômes mais ne sont pas testées... Une personne est décédée du Covid à Die, au tout début de l'épidémie. Mais pour d'autres cas, si la famille ne demande pas de test pour savoir si la personne décédée était ou non porteuse du virus, on ne peut pas savoir. En tout cas, on n'a pas constaté une mortalité accrue dans le Diois. La personne qui est décédée était par ailleurs très connue de toute la population, qui était très émue de son départ. Il s'agit de Jean-Paul Chevrot, qui a été président du rugby pendant de nombreuses années et président du judo-club pendant plus de 25 ans. Il était aussi président de l'Association dioise de sports adaptés. Il adorait la musique et était membre de l'Écho du Diois. C'était une personne très investie. Il avait 71 ans.

LC : Y a-t-il eu à Die, comme ailleurs, des problèmes de pénurie de matériel de protection pour les soignants ?

SLC : En ce qui concerne la médecine de ville et les infirmières, ça a été très tendu au début parce qu'ils n'avaient pas de matériel. Un peu comme tout le monde... Cette pénurie de matériel de protection, et notamment de masques, a provoqué beaucoup d'inquiétudes. De la solidarité s'est organisée, en lien avec la Communauté de communes du Diois (CCD), pour lancer des appels sur tout le territoire et recenser tous les moyens qui pouvaient être mis à disposition pour le personnel de santé de ville.

 

« Le secteur du tourisme complètement sinistré »

 

LC : Comment se portent les acteurs économiques du Diois ?

LSV : Dans les commerces, on a beaucoup de difficultés, mis à part les commerces alimentaires, qui s'en sortent mieux que les autres, mais qui ont du ajuster leurs horaires. Il y a aussi des changements dans les boulangeries, certaines ouvrent le matin mais plus l'après-midi. On constate des pertes de chiffre d'affaires importantes. Quant au commerce non-alimentaire, il souffre énormément. Certains, qui étaient déjà fragiles, s'inquiètent de savoir s'ils survivront ou non à cette pandémie. Il y a des cagnottes qui sont mises en place pour les soutenir. Avec un problème particulier pour certains, qui ne pourront pas bénéficier des aides parce qu'ils ne sont pas à jour de leurs cotisations sociales.

LC : Des secteurs sont-ils plus touchés que les autres ?

SLC : Il y a bien sûr une différence entre les entreprises qui peuvent fonctionner et celles qui ne fonctionnent pas. Les secteurs qui pèsent le plus dans l'économie du Diois sont essentiellement le tourisme et l'agriculture. Sur le tourisme, c'est complètement sinistré. Les structures, petites comme grosses, sont très inquiètes. On a un gros centre de vacances, le Martouret, qui ne peut pas accueillir les gens qui viennent habituellement pour les vacances de Pâques. Il est d'habitude plein à 100% et là, il n'y a personne. C'est un centre qui irrigue sur l'essentiel du Diois, avec une importante consommation chez les producteurs locaux, donc ça a un impact conséquent. Les centres qui accueillent des stages, des séminaires, parfois des touristes, y compris étrangers, ont perdu jusqu'à 75% de leur chiffre d'affaires. Et ils n'ont aucune visibilité, ce qui créé beaucoup d'inquiétude. La perspective de sortie du confinement au 11 mai a un peu fait évoluer le tableau, mais sur le tourisme, on ignore encore si les étrangers pourront venir chez nous, alors que leur présence représente une grosse part de l'économie du tourisme dans le Diois. La seule chance que l'on a au niveau du tourisme, c'est notre taux de résidences secondaires qui est important, avec plus de 1000 lits. Ça va permettre d'atténuer la catastrophe. On voit que des résidents ont choisi le Diois comme lieu de confinement, ce qui permet à certains villages isolés avec des commerces de faire un peu remonter leur chiffre d'affaires. Mais ce sera passager. Dans le tourisme, ils font leur économie avec l'été, et s'ils n'ont pas ce revenu là, ce sera difficile sur le reste de l'année.

LC : Comment s'en sortent les artisans ?

SLC : Tout dépend lesquels, mais ils s'en sortent plutôt bien pour l'instant, car ils avaient des carnets de commande pleins et peuvent donc continuer à travailler, en particulier les entreprises unipersonnelles qui sont nombreuses. Mais les grosses entreprises ont en revanche dû arrêter, notamment dans le secteur du BTP, qui est à l'arrêt complet. Parmi les petits artisans, certains m'ont expliqué que l'arrivée des résidences secondaires avaient un peu augmenté les commandes. Mais ils ont quand même une inquiétude. Ils travaillent maintenant, mais ne sont pas sûrs de travailler dans un avenir proche...

 

« Viticulture et élevage ovin particulièrement touchés »

 

LC : Et le secteur agricole ?

SLC : La viticulture et l'élevage ovin, qui sont nos principales activités agricoles dans le Diois, sont particulièrement touchés. Aujourd'hui, tout le monde travaille les sols dans les vignes, mais les commerciaux sont au chômage technique. Et ils se disent que ce qui n'est pas bu maintenant ne sera pas bu plus tard. La Clairette est un vin convivial, ce n'est pas un vin qu'on boit tout seul dans un apéro Skype ! Les viticulteurs espèrent que les gens auront un peu envie de boire lors du déconfinement, mais ça ne va pas rattraper ce qui a été perdu. Sachant que la Clairette était déjà un secteur en difficulté... Il y a aussi une inquiétude sur les mois de mai-juin, et sur la question de l'épamprage, qui demande des saisonniers. Seront-ils au rendez-vous ? Ensuite, sur l'élevage ovin, Pâques est une grosse période de consommation, avec la Pentecôte. Ceux qui sont en vente directe s'en sortent à peu près, car ils ont leurs clients qui restent fidèles. Par contre, pour ceux qui sont en coopératives, il y a eu des reports dans les fermes, c'est-à-dire qu'ils ont dû garder leurs agneaux plus longtemps, ce qui va entrainer une baisse de revenus pour les éleveurs. Ils ont été obligés, sur certaines filières, de vendre aux grandes surfaces, alors que d'habitude, ils vendaient en boucherie traditionnelle, et ils ne peuvent donc pas y pratiquer les mêmes prix. Ceux qui sont en Label Rouge ont la double peine : ils avaient des prix garantis, mais avec les reports, ils ont des agneaux plus gras qui sont rentrés dans les chaînes d'abattage, et sont dévalorisés, donc moins bien payés, et tout le travail de qualité qu'ils ont fait ne sera pas rémunéré.

LC : Est-ce que les maraîchers s'en sortent ?

SLC : Dans le Diois, ils entrent en production maintenant, parce qu'il y a un petit décalage par rapport à chez vous. Un groupe de Diois a créé un annuaire des producteurs qui fonctionne bien. Chez nous, tous les marchés ont été maintenus, et c'est très important car ça leur permet de vendre leur production. Les gens étant à la maison en famille, il y a des consommations plus importantes : quand les enfants ne vont plus à la cantine, il faut acheter plus. Certains producteurs ont du mal à suivre, mais c'est un épiphénomène. La question, c'est aussi qu'est-ce qu'il restera de tout cela ? On a vu en tout cas s'organiser, au début, avec la suppression des marchés, des drives ou des distributions de paniers maraîchers. Le maintien des marchés est quand même plus avantageux. À Die, on a deux marchés par semaine. Normalement, il y a à cette période environ 50 stands. Ils ne sont plus que 20 et ils tournent d'un marché sur l'autre. Il n'y a plus de convivialité, les gens font leur courses, puis repartent, sous la surveillance de la police municipale. Ça se passe bien, les gens parlent un peu dans les files d'attente, mais sinon... Habituellement, il y a des gens qui viennent de tout le Haut-Diois pour le marché, pour s'acheter un petit quelque chose, mais avant tout pour aller retrouver les copains et les copines, pour se retrouver, discuter. Cet aspect là a disparu. Les gens attendent le retour à la normale pour retrouver tout ça...

 

« La solidarité s'est renforcée autour des personnes fragiles »

 

LC : Est-ce que vous avez aussi vu des élans de solidarité dans le Diois ?

SLC : La solidarité existait déjà dans le Diois. Il y a même des groupes qui se sont montés, un peu bille en tête, et qui se sont retrouvés "sans activité", parce que l'entraide existait déjà. Dans les petits villages isolés, quand il y a des courses à faire chez quelqu'un, il appelle le voisin naturellement et va faire des commissions pour lui. Ça s'est renforcé pour les personnes fragiles, et ça a été structuré par les collectivités. Les communes de Die, Luc ou Châtillon, ont structuré cela en appelant les personnes âgées, pour les aider par exemple à sortir les poubelles, pour leur livrer les courses... On a aussi vu de la solidarité avec les personnels soignants, notamment pour la fabrication de masques. Aujourd'hui, des machines à coudre, il n'y en a plus aucune qui est rangée au placard ! Une fois que les soignants étaient dotés, les masques ont été donnés aux personnes fragiles. Le Secours populaire a continué à faire de la distribution de colis alimentaires et des couturières ont cousu des masques pour les donner aux bénévoles. On a eu une entreprise qui, très tôt, a fabriqué des masques dans son atelier de confection pour les donner à l'hôpital. On voit aussi une solidarité de beaucoup d'entreprises vis-à-vis de l'hôpital, comme apporter des chocolats, et donner des gestes d'attention pour le personnel soignant. Ceux qui ont des imprimantes 3D ont aussi fabriqué des visières de protection, au départ pour les infirmières de ville, qui n'étaient pas du tout équipées. Et on voit maintenant que des visières ont été données aux policiers municipaux. On voit aussi une solidarité sur les devoirs d'écoles, entre les familles, avec des partages d'imprimantes, des partages de connexions Wi-Fi. La solidarité est là naturellement, mais elle s'est renforcée autour des personnes fragiles.

LC : Comment s'en sort le Journal du Diois ?

SLC : Le travail de journaliste est très compliqué dans ces temps de confinement. On a beaucoup plus de contraintes, on passe notre temps au téléphone, et puis on aimerait bien voir les gens ! Il y a aussi plus de complexité dans le travail dans la vérification des informations. On est en télétravail, on a moins de contenu, avec toutes les manifestations qui sont annulées. On a une activité très centrée sur le Covid, même si on essaie de trouver des sujets un peu différents. On est aussi très inquiets, parce qu'on est un petit journal local et indépendant, et on vit essentiellement avec nos abonnés, la publicité et les annonces légales. La publicité, on est à zéro, les annonces légales, il y en a très très peu... On a moins de visibilité et on est inquiet pour la suite. Mais on sent qu'il y a un énorme besoin d'information de la part des citoyens, qui ont envie d'être informés, et notamment d'avoir une information locale et de qualité. Notre travail est apprécié parce qu'on livre des informations vérifiées, et à l'ère des réseaux sociaux, on voit que, même sur le plan local, il y a tout et n'importe quoi qui se raconte... On a donc d'autant plus de raisons d'exister, mais nos conditions d'existence sont très compliquées et on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait. On a du réduire notre pagination, et on est dans l'incertitude chaque semaine de savoir si on sortira ou non un journal. Cette semaine, c'est un journal numérique gratuit, et on fera une impression papier la semaine prochaine.

Propos recueillis par Martin Chouraqui

Publié le 16 avril

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